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Le travail politique de la Police

samedi 12 novembre 2016, par jules


Illustrative des paradoxes des métiers de l’agent de Policie

Anecdote contée en deux

Un samedi soir de l’hiver 2017, cinquantaine de kilomètres nord d’une grande capitale d’Europe centrale, pleine campagne. Un ensemble de véhicule composé d’une camionnette et d’une grande remorque bagagère se déplace à allure prudente sur une route de type nationale. Le temps est maussade, humide et venteux, et la nuit qui est tombée noire comme l’encre de chine Japonaise.
Je suis au volant de cet ensemble, ma compagne à mes cotés. Nous voyageons à son bord, nous efforçons de le maintenir en règle autant qu’en bon état, le chargeons de nous déplacer le plus prudemment possible. Nous nous rendons chez un de mes amis dans cette région, nous n’en sommes plus très loin .
Je ne me rappelle plus exactement la fin de la route, l’arrivée chez mon ami. J’essaye de remémoriser alors que j’aborde un grand carrefour équipé de feux tricolores au beau milieu des champs. Par défaut j’ai poursuivi tout droit, mais je me rends compte que j’aurais probablement dû aller à droite. J’envisage alors qu’il va me falloir faire demi-tour. Je regarde dans mes rétroviseurs, des automobiles nous suivent. Après quelque distance un carrefour de bretelles d’accès se présente qui offre un espace suffisant pour envisager un demi-tour. Je mets le clignotant à droite, commence à ralentir et à serrer afin de laisser dépasser les automobiles qui nous suivent, mais celles-ci ne semblent pas décidées et restent vissées au cul de notre remorque ; je serre encore plus à droite tout en ralentissant encore, puis encore, toujours sans effet, jusqu’au point ou je comptais partir le demi-tour, contraint de m’arrêter là complètement à droite au tout début de la bretelle d’accès, clignotant à droite toujours en fonctionnement, voitures toujours collées derrière ; je suis arrêté là et attends là qu’elles daignent bien vouloir comprendre et se décider enfin à poursuivre leur route sans nous puisque nous allons à présent dans une autre direction. Un looong coup de klaxon nerveux se fait entendre.
Il me semble pourtant avoir été clair dans ma manœuvre : je désire laisser passer les véhicules qui me suivent ; je ne vois pas trop ce que je pourais pu faire de plus. Je ne suis aucunement dans l’obligation d’avancer, je ne pense pas que qui que ce soit puisse m’y obliger. J’ai besoin que la route soit dégagée et libre afin de pouvoir effectuer un demi-tour en sécurité, et pour cela j’ai besoin que les véhicules qui nous sont présentement collés au derrière daignent dépasser, ce qui leur est parfaitement possible maintenant que je suis arrêté après les avoir plus que prévenu. Donc véhicule arrêté j’attends.
Enfin le véhicule sombre qui me suivait immédiatement, celui qui a vraisemblablement corné comme un âne, démarre nerveusement et me dépasse. Mais il s’arrête à hauteur du nez de la camionnette. Un bras équipé d’un dispositif lumineux marqué "Police" sort par la fenêtre, et ce qui semble être une policière annonce que je dois la suivre sur la bretelle ou s’engage son véhicule.
De suite cela me pose un problème : une grosse butte de terre cache la vue, des lieux remanipulés de frais laissent entrevoir un accès vers l’autoroute. Hors, la date de la vignette payante qui autoriserait notre ensemble à y circuler est dépassée. Je décide donc que je ne dois pas m’y engager, ouvre ma vitre, annonce ce refus à la policière et ne redémarre pas. La policière entre immédiatement en gesticulation : "Mais nous sommes la Police !". Cela ne me décide pas pour autant. Elle a beau s’agiter très nerveusement, limite hystériquement je n’en ai cure et persiste. Comme de plus elle ne me semble pas vraiment faire preuve de calme et maintenant que l’ensemble est arrêté je n’ai aucune intention de le relancer ! Comme de surcroit c’est sur l’autoroute qu’elle semble vouloir nous engager il ne peut juste pas en être question. Je ne bouge pas.
Son véhicule recule à coté de la camionnette ce qui ferme complètement l’accès à la bretelle et un gyrophare bleu est déposé sur le toit, les autres véhicules qui attendaient de pouvoir s’engager sont aimablement priés de se dérouter - je dis : "bravo !" - et ce qui ressemble à un deuxième policier, un homme, qui conduisait ce véhicule vraisemblablement de police toujours en sort. Je verrouille la porte conducteur puisque les choses se corsent, demande à ma compagne d’en faire de même avec la sienne, retire les clefs du véhicule, et attends.
La policière s’approche de la fenêtre conducteur ouverte et, sans aucune formule de politesse ni de présentation, annonce tout de go un contrôle "normal" et renouvelle son insistante invitation à suivre leur véhicule. Nouveau refus de ma part, et je questionne immédiatement sur l’opportunité de réaliser le contrôle sur place. La policière argue que l’ensemble bouche la bretelle d’accès ; avec un grand sourire, je désigne son véhicule et questionne sur qui est réellement en train de boucher cette bretelle d’accès. La policière déclare alors que l’ensemble arrêté ainsi est susceptible de causer un accident ; avec cette fois un sourire encore plus grand d’une oreille à l’autre je désigne une nouvelle fois son véhicule et son gyrophare bleu en demandant ce que celui-ci fait arrêté à cet endroit au lieu de se placer en protection derrière l’ensemble ce qui me semble être son rôle si tel est le danger ; je déclare en outre que la Police se doit de protéger les citoyens sinon de les aider, et pose ironiquement cette question sérieuse en désignant encore une fois son véhicule : "Mais que fait la Police ?!??"
Évidement ils ne sont pas habitués, et dans cette situation tendue le premier silence est pesant, les regards assassins, mais je ne baisse pas les yeux. La policière réclame les passeports ainsi que les papiers du véhicule. Je refuse, et entame immédiatement un plaidoyer sur la politesse dont la police est tenue de faire usage en commençant par dire bonjour.
Dépitée la policière déballe son (seul et unique) élément à charge : l’immatriculation de la remorque n’est pas conforme à la réglementation locale. Comme il l’est rapport à la règlementation française je le lui fait immédiatement remarquer que les personnes de son pays se rendent en France avec un système d’immatriculation amovible non conforme aux lois françaises qui stipulent que l’immatriculation doit être fixée au véhicule de façon inamovible, qu’ils y ont pourtant l’autorisation de circuler, et que cela est logique en vertu des accords réciproques de circulation dans les différents pays de ce grand tout sans frontière qu’est l’Europe :)
La fille se rend alors vers la voiture parler bruyamment dans la radio. L’homme s’approche à son tour, donne un bonjour - message reçu donc :) - autant cantonal que protocolaire qui lui arrache néanmoins visiblement la bouche et, sans attendre de réponse, réaffirme un contrôle "normal" et réclame autoritairement : passeport, permis de conduire, papiers du véhicule. Je lui présente mon permis de conduire dont il s’empare pour le glisser immédiatement dans sa poche. Observant cela je demande ce que signifie, et réclame que mon permis de conduire demeure visible, ce qui est ignoré par ce policier qui réclame d’une voix autoritairement haute et aussi impressionnante que faire lui peut tout le reste des papiers en les énumérant un par un. Dans ces conditions je refuse de fournir quelconque document de plus , réitère la visibilité de mon permis de conduire comme préalable à toute chose, et également que je ne bougerai pas de l’endroit et que j’avais tout mon temps :)
C’est dans cette situation cette fois bloquée que revient la policière. Elle m’informe que le chef arrive et que le chef bin houlala tension il est méchant ! Immédiatement je signale que le chef est bienvenu. Alors elle tente de m’expliquer gentiment - là aussi message reçu :) - qu’ils sont là pour m’aider ; je m’esclaffe ouvertement de rire. Celle-ci s’adresse alors à ma passagère dans le but non dissimulé d’essayer de lui faire exercer pression sur moi afin de m’amener à obtempérer à son ordre de redémarrer ; malheureusement pour elle ma compagne ne s’exprime pas sa langue et, après lui avoir dit bonjour dans la notre, l’en informe toujours dans la notre. La policière dépitée s’adresse alors encore à moi. Cette fois elle a abandonné tout ton autoritaire et, autant en une opération séduction que pour sans aucun doute satisfaire une certaine curiosité et sans doute alors dépitée de tomber sur des personnes aussi averties et protocolaire, elle me flatte autant qu’elle me questionne quand au fait que je parle aussi bien la langue locale ; mais je la rembarre illico en lui faisant comprendre que cela ne la regarde pas.
Elle tente encore une classique manœuvre sur le ton "Nan mais c’est quoi votre problème ?" qui provoque chez moi une gausse que je ne me prive pas de chercher à partager avec elle mais sans succès. Mon permis de conduire se trouve toujours à cet instant dans la poche du policier.

Sans doute un rapide mot ou signe les deux sont dans la voiture qui démarre et disparaît sur la bretelle avec mon permis de conduire. En un instant nous nous retrouvons complètement seuls dans la nuit noire de ce carrefour !

Nous restons stupéfaits autant qu’interrogatifs. Que s’était-il passé ?
Ma compagne me demande ce que j’envisage de faire. Ma réflexion est courte : je ne compte pas du tout courir derrière mon permis de conduire alors je lui réponds que je désire poursuivre le voyage jusqu’à son terme puisque nous sommes presque arrivés, et que j’appellerai lundi l’ambassade de France par téléphone.
Nous redémarrons le véhicule, effectuons sur une route complètement déserte la manœuvre de demi-tour qui était initialement prévue, et repartons prendre la bonne route au feu tricolore.

Chemin finissant nous discutons bien entendu de cette mésaventure que nous trouvons tout de même incongrue. Nous y parlons traquenard ; je dis qu’ils n’ont qu’à garder mon permis de conduire si tel est leur bon plaisir, que celui-ci veuille bien leur porter chance, mais émets immédiatement un gros doute à ce sujet étant donné que je suis connu dans le pays ; ce qu’avait sans doute pressenti cette policière qui me posait la question de savoir pourquoi je parlais si bien la langue ;)

Nous parvenons chez mon ami et y séjourneront sans plus être plus inquiétés.
Mais en discutant de cette histoire avec lui et avec d’autres personnes proches, se fait jour un autre problème : dans ce pays la Police est une institution sacrée irréprochable aux yeux de la grande majorité des habitants qui ne demandent qu’à la vouer plus encore et accordent sans sourcilier aux agents plus de droits qu’ils n’en ont en réalité ; ils constatent là des agissements inhabituels, et émettent l’hypothèse que le contrôle que nous aurions subi pourrait ne pas avoir été exercé par de vrais policiers mais par de fausses patrouilles de pays plus à l’est dont il est parfois à tord ou à raison parlé ça et là un peu à l’état de légende...

De faux policiers opérant au sein même de ce pays très strict ?? L’affaire serait-elle plus sérieuse qu’elle n’y paraitrait de prime abord ? :)

Le lendemain de ce même week-end, c’est à dire dimanche de ce même hiver 2017, nous sommes sur la route pour quitter le pays. Mon permis de conduire est dans des mains incertaines, mais comme l’ambassade de France est fermée les week-ends je ne pourrai l’appeler que le lendemain lundi.
Le temps qui s’était un peu amélioré est redevenu mauvais avec de grosses averses limite neigeuses et du vent. La nuit est tombée et nous désirons nous arrêter avant la frontière : nous voulons compléter le plein de carburant à un tarif avantageux d’abord, ensuite il est sans doute préférable que je sois encore dans ce pays au moment où j’appellerai l’ambassade le lendemain matin au cas où une démarche administrative locale soit à effectuer. Nous quittons donc la route principale pour entrer dans une petite ville qui est là et décidons de passer la nuit sur le parking d’une supérette.

Au matin du lundi la supérette a ouvert ses portes, les gens font leurs courses. Nous nous levons, déjeunons, nous préparons. Vers 9h00 nous sommes prêts à partir, nous montons à l’avant du fourgon. Je lance le moteur, le temps que le véhicule préchauffe j’appelle l’ambassade : une moulinette m’informe que celle-ci sera contactable dès 13h00. Je suis un peu contrarié sans être vraiment surpris, je décide de laisser courir, que je n’ai pas besoin de mon permis de conduire pour avoir le droit de conduire puisque celui-ci existe quelque part dans l’absolu, et que nous reprenons la route. C’est alors qu’entre sur le parking une voiture qui s’en vient se placer juste devant nous.

Ta-ta-tiiiinn !! :)

Rebelote, nous verrouillons nos portes, je retire les clefs du contact et nous attendons : la routine quoi :) Un policier s’en vient toquer à la porte passager. Je lui fais signe de venir à la mienne. Il est surpris de tant d’outrecuidance envers la police de ce pays qui - croit-il - est juste tout, affiche une mine outrée. Semblant refuser il insiste pour intervenir à cette fenêtre et gesticule avec autorité, allant jusqu’à tenter d’actionner l’ouverture de la porte passager : mauvaise pioche coco, ce sont des choses que je n’apprécie pas ! L’abus semble vraiment être une manie ici, mais en plein jour devant témoins il ne m’impressionne pas : je ne suis absolument pas décidé à céder. Le ton est donné ; finalement il obtempère.
Sans même trop dire bonjour le policier me réclame permis de conduire et papiers de véhicule, cash je lui demande son numéro de service.
Le Policier ignore ma demande et persiste à vouloir les papiers. Il est sans doute un peu sourd, ce qui n’est tout de même pas très normal pour un agent de Police, je répète un peu plus fort en le regardant cette fois bien dans les yeux : je veux son numéro de service ! Non mais Oh !?!!
Le policier me le crache tout de go. Je le lui fait immédiatement répéter. Il semble le savoir par cœur. J’ai peut-être tord mais je le note soigneusement sans voir sa carte ; puis je lui donne un "Bonjour" dans sa langue auquel il répond. Je m’excuse ensuite de cette demande sans doute un peu inhabituelle pour lui tout en lui contant ainsi que son collègue venu nous rejoindre notre étonnante mésaventure de la veille, ainsi que les soupçons de faussaires qui pèsent sur cette pseudo-brigade, et en guise d’excuses de ne pas pouvoir fournir mon permis de conduire (ni rien d’autre :) ) en temps que pièce d’identité. Tout cela sans ouvrir encore la porte du véhicule. S’en suit un dialogue irréel entre des policiers complètement imbus de leur droit déblatérant les demandes et les ordres les plus absurdes que je refuse systématiqueent avec arguments et excuses dès qu’elles dépassent du cadre légal et quelques soient ses dires "Ici on..." ; en clair je les maintiens dans leur strict rôle de policier, et rajoute que je ne bougerai pas et que j’ai tout mon temps.

De rage ils passeront leurs nerfs au passage sur une pauvre ménagère un peu âgée venue faire ses courses pour une vague histoire de pneus neiges manquants ou non conforme. Elle m’a beaucoup regardé, je ne sais pas si j’ai su comprendre et lui rendre ses regards. Toujours est-il qu’elle est repartie avec sa voiture.

Pendant que l’un des policiers discute avec moi, tentant par tous les moyens d’abuser de l’autorité qui lui est conférée et de m’impressionner devant ma porte verrouillée, l’autre, qui s’était approché, est retourné à son véhicule et n’a de cesse de téléphoner dans son mobile. Il vient parfois s’enquérir d’une précision sur notre petite mésaventure de la veille. Enfin il appelle son collègue. Ils discutent un moment ensemble, et les voici tout deux assis dans leur véhicule, et qui me regardent dépités et désabusés pendant que nous nous marrons comme des bossus :)

À ce point du récit il est nécessaire d’observer une courte pause car il est intéressant de bien comprendre la situation.
J’ai parlé à ces deux policiers de fausses brigades de polices opérant au sein même de leur propre pays pourtant doté d’une police très bien équipée pour faire régner l’ordre, garantir la sécurité des citoyens, qui est stricte, jouit d’une bonne image auprès de la population, et qui m’auraient subtilisé mon permis de conduire.
Bien entendu "fausses brigades de Police" est sans nul doute une rumeur, probablement même d’origine politique visant à desservir une bien trop connue gouvernance par la peur et ainsi renforcer encore l’autorité de la Police ! Bien entendu les deux policiers le savent parfaitement, et savent aussi parfaitement que nous avons subi un simple abus de droit de la part de leur collègues !
Ils savent que si je ne retrouve pas mon permis de conduire avant de parvenir en France alors que je suis sur la route retour, nous serons en mesure d’y propager cette fausse rumeur comme étant vraie ; que ce faisant nous dépeindront de leur pays un quelque chose de république bananière où la fiabilité sécuritaire qu’ils sont en charge de donner et maintenir devant le reste du monde sera écornée. Ils ont conscience qu’au travers de cela la brillante image dont ils jouissent et qu’ils n’hésitent jamais à exhiber fièrement pourrait s’en voir ternie, mais surtout, surtout ! que cela pourrait influencer les touristes, cette frange sensible aux rumeurs concernant la sécurité locale en déplacement, dans le choix de leurs destinations.
Ils savent également parfaitement que si j’actionne les mécanismes de l’ambassade de France à la recherche d’un document officiel qu’elle m’a confié et qui est vraisemblablement dans les mains de ses collègues, de sombres pratiques à l’égard de deux de ses ressortissants apparaitront comme évidentes politiquement, et ce sera alors le départ d’une navette diplomatique avec donc des retours qui pourrait faire quelques vagues. Fort heureusement l’ambassade n’est pas encore contactable ce lundi matin, donc pas encore alertée ; mais dès 13 heures elle le sera. Je risque alors de ne pas manquer ce rendez-vous téléphonique, et il leur sera alors théoriquement parce que juridiquement impossible de s’opposer à cela.
Toujours au rayon des joyeusetés, ils sont dans l’incapacité de faire état de la moindre infraction solide à notre encontre étant donné que je conteste et démolis, arguments règlementaires à l’appui, et dans leur langue, chaque accusation trop légères ils n’ont pas pu fouiller autant qu’ils l’auraient voulu. Ils n’ont en tout et pour tout que ma non présentation de permis de conduire que j’aurais souhaité pouvoir fournir en guise de pièce d’identité puisque je ne roulais pas :) et que des collègues détiennent vraisemblablement mais il ne savent pas lesquels.
Et pour finir ils ont à présent à tous les coups eu accès à mes états de services dans le pays, savent que je n’y suis pas tout à fait le premier clampin de passage venu, que j’y ai les moyens d’y être coriace ainsi que les raisons et la volonté..

Donc à cet instant précis, assis là dans leur véhicule arrêté devant le notre, la mine totalement décomposée ils sont coincés : ils doivent torcher leurs politiques, retrouver mon permis de conduire et si possible : avant que l’ambassade n’accueille mon appel téléphonique ! Mais cela nous ne le savons pas encore :)
Eux qui pensaient sans doute, comme leurs collègues de la veille, se faire une gratte autoritaire autant que financière et sans nul doute même assouvir quelques pulsions sadiques sinon nationalo-racistes sur le dos d’étrangers en plus de, dans ce cas précis, récupérer une bonne mousse locale supplémentaire auprès des autochtones faisant leurs courses en guise de cerise sur le gâteau, pas sûr qu’il ne soit pas en ce moment en train de maudire cette intervention à grand coup de "métier de merde" :) En plus il fait froid, ils pourraient rater l’apéritif, et pour couronner le tout assis à l’avant de notre camionnette vérouillée devant laquelle ils sont garés nous sommes morts de rire :-D

L’un des deux policiers reprend alors le téléphone et l’autre revient me voir, discuter cordialement, s’excuser que la recherche de mon permis de conduire prenne autant de temps. J’ouvre alors de grands yeux stupéfaits : "Vous êtes en train de rechercher mon permis de conduire ?" Réponse affirmative du policier ; qui précise qu’ils ne savent pas où il se trouve, qu’ils ont trop peu d’éléments. Je repose ma question : "Vous êtes vraiment en train de rechercher mon permis de conduire ?!??". Confirmation absolue du policier. La recherche de mon permis de conduire m’intéressant au moins d’avantage que celle de cantonner ces deux cow-boys dans un travail rébarbatif mais utile, je décide alors immédiatement d’aller aider son collègue avec notre carte routière détaillée, au moins lui montrer l’endroit précis du lieu de contrôle puisque je n’ai ni numéro de service de l’un des deux agent, ni celui du véhicule qui est intervenu parti trop rapidement, et tenter de lui donner un maximum d’éléments susceptibles de l’aider dans cette tâche. Tout en commençant à rechercher la bonne page de notre atlas que j’ai attrappé j’ouvre la porte et sors du véhicule rejoindre son embarrassé mais acharné collègue. Je lui fournis la carte détaillée de l’endroit en question ce qui semble immédiatement l’intéresser et, bien que ça me torde un peu la figure, le remercie pour ce qu’il fait.

Et c’est ainsi que durant trois heures, aidés de notre carte routière personnelle, les policiers enquêteront depuis leurs téléphones, allant de brigades en éléments, en bureaux, en collègues... afin d’essayer de retrouver mon permis de conduire ! :)

Et c’est ainsi que, juste avant midi, ils finiront par le localiser aux mains de la brigade autoroutière à presque 50 kilomètres de là où avait eu lieu le contrôle, plus de 300 kilomètres de nous. Ouf ! Bien qu’amputé l’apéritif est sauf ! :)

Tout s’éclaire alors. Sur une nationale cette brigade autoroutière était hors de son cadre légal d’intervention. Sauf qu’un véhicule étranger sans doute peu au courant des lois locales en vigueur c’est un jackpot pour des policiers, un pigeon à plumer, comprenons-le bien ! Lorsque, embusqués quelque part ils nous ont vu passer ils se sont sans doute pourléché les babines et nous ont probablement suivi dès cet instant en ce disant qu’avec un peu de chance...
Lorsqu’ils nous ont vu mettre le clignotant à droite juste avant la bretelle d’accès leur joie a alors du atteindre son paroxysme puisque, pensaient-ils, nous entrions directement dans leur champ d’action et nous jetions directement dans la gueule du loup. Mais l’instant d’après lorsque l’ensemble s’est immobilisé à l’entrée de leur domaine de compétences, si près du but ce devenait ballot : il fallait absolument que nous avancions de - juste - quelques petits mètres afin de ne plus avoir d’autre choix que celui de nous déplacer au sein de leur chasse gardée. Il était laid, bavant la rage de trop ce grand coup de klaxon :)
La rage oui, une sacrée même ! Car même à la porte de leur plein cadre d’intervention cet ensemble n’y étaient pas ! Ne détenant rien à notre encontre : état de dangerosité ou même infraction sérieuse, rien ne pouvait justifier d’un quelconque zèle lié au devoir de conscience policier de l’agent ; sans doute aucun collègue local qu’ils ont tenté de joindre par radio n’ayant accepté de couvrir leurs agissements, toute opération autoritaire comme de séduction visant à nous remettre en route se heurtant à un refus total de notre part, la seule option possible de ce contrôle déplacé était qu’il s’arrêta. Ce qu’ils observèrent ; elle était moche en plus d’abusive cette confiscation de mon permis de conduire :)
À leurs collègues à cet instant présents devant nous les policiers ayant procédé à ce contrôle avorté font état d’absence de lumière à l’arrière de notre remorque. Lorsque cette information m’est livrée je m’éclate de rire : les feux de notre remorque sont montés sur support souple de chaque coté à l’arrière de celle-ci, et une petite fenêtre transparente au dos du feu devant chaque ampoule permet d’en contrôler le fonctionnement dans les rétroviseurs lorsque la remorque est tractée. Ainsi, lorsqu’une lampe est défaillante, il est possible de s’en apercevoir rapidement et d’agir en conséquence afin et demeurer autant en sécurité que conforme à la réglementation. Le système est en bon état, et fonctionne puisque je le vois fonctionner.
Les policiers demandent à le vérifier, ce que j’accepte de bonne grâce, ils en reviennent enchantés :)

Évidement histoire de ne pas perdre la face ils réitèrent ce qu’ils avaient déjà tenté de me dire et auquel j’avais donné de laconiques réponses : mon chargement de remorque est insuffisamment arrimé, susceptible de s’envoler ou de tomber, et qu’il me faut couvrir cette remorque. Cette fois je réponds que cette remorque a largement plus de kilomètres que le camion même, qu’elle a été tractée par nombre de véhicules dont au moins tous les miens mais que oui je vais regarder cela :)

Ils me demandent de les suivre un instant jusqu’à leur véhicule, prennent un carré de papier blanc sur lequel ils reportent soigneusement et lisiblement les coordonnées de leurs collègues détenant mon permis de conduire jusqu’au numéro de téléphone de la brigade, apposent un tampon officiel ainsi que leurs noms à l’endroit prévu sur la zone tamponnée, puis ils me donnent ce précieux document en me déclarant solennellement que ceci me tient dorénavant lieu de permis de conduire jusqu’à ce que celui-ci me parvienne par la poste :)

Enfin je leur pose la question de savoir où est la plus proche station service, ils me répondent serviablement, je les remercie, me dirige vers la remorque faire au moins semblant de me pencher sur le problème, les voici partis se mettre au chaud, nous pouvons enfin repartir :)

Quels enseignements tirer de cette histoire ?

Ils sont à mon sens nombreux. Je n’aurais pas l’outrecuidance de les lister, laissant un peu à chacun le soin de tirer les enrichissements nécessaires à ses propres expériences futurs.

Je me contenterai de préciser que, quelque soit le pays, la Police n’est jamais - mais alors au grand jamais - là pour enfiler des perles : ils ne sont là et uniquement là que pour exercer un rapport de force. Que notre force à nous c’est la loi, que les policiers sont tenus de respecter avant même de la faire respecter, que c’est notre rôle de leurs faire respecter les lois qui nous protègent, et que si nous ne le faisons pas personne ne le fera pour nous !

J’ajouterai enfin que nous avons la chance de vivre dans une république démocratique normalement non-"bananière" où la Police est - toujours normalement - incorruptible. Dans les pays ou sévissent des brigades qui le sont moins, voir des milices, il est nécessaire de s’entourer de précautions et d’agir de façon plus prudente bien entendu...
J’ajouterais toutefois que de prudence j’ai manqué lors du premier contrôle : sûr de mon bon droit j’ai réagis effrontément faisant peu de cas du cadre isolé. Fort heureusement cela s’est bien passé ; mais je réalise maintenant qu’il ne s’en est sans doute pas fallu de beaucoup que les pétards ne nous sortent en pleine poire dans ce coin sombre de la campagne profonde ! Je les sais suffisamment cons pour n’avoir aucun scrupule à se livrer à cela sans vergogne dans ce pays et pour en avoir déjà fait les frais une fois. Outre dangereux c’est un peu traumatisant un pétard dans la poire ! Aussi je tiens ici même à m’excuser auprès de ma passagère de l’avoir exposé de la sorte, qu’elle veuille bien pardonner cet accès d’inconscience passager.

J’en terminerais en écrivant aussi solennel que déterminé que nous sommes les seuls artisans de notre cadre de vie commun légué par nos ancêtres qui se sont battus pour que nous puissions en bénéficier, qu’il nous appartient de le défendre et de le protéger face aux attaques quotidiennes dont il est la cible, que si nous nous endormons en bisounours sur nos lauriers nous, mais surtout nos enfants, n’auront plus rien, sauf dans le dos !

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